Les Hawks prennent le risque Corey Crawford

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Lundi, Corey Crawford a passé une meilleure fête du travail que toi alors qu’il a signé un contrat de 36 millions sur 6 ans pendant qu’il amenait la Coupe Stanley dans sa ville natale de Chateauguay. Ce contrat fait en sorte que les Hawks vont payer 56 millions pour 13 joueurs lors de la saison 2014-2015. Le DG des Hawks Stan Bowman ne s’inquiète pas trop de la situation disant qu’il ne savait pas quel allait être le montant du plafond dans 2 ou 3 ans, mais qu’il savait qu’il allait pouvoir compter sur un excellent gardien.

Le seul problème avec les gardiens est qu’on ne sait jamais s’ils seront excellents dans 2 ou 3 ans. Même lorsqu’on regarde les gardiens les mieux payés de la ligue, on retrouve plusieurs points d’interrogation. Avec son nouveau contrat, le sosie de JT sera la 6e gardien le mieux payé de la ligue. Les gardiens devant lui sont Rinne, Rask, Lundqvist, Price et Ward.

À première vue, ça semble être un bon groupe, mais lorsqu’on regarde de plus près, on se rend compte qu’ils comportent tous des doutes (sauf Lundqvist). Rinne vient de connaître sa pire saison avec un % d’arrêts de 910 en finissant l’année avec une opération. Rask n’a pas encore joué sous son gros contrat et sans la défense hermétique de Boston (et la présence de Chara qui est rendu à 36 ans). Carey Price n’a encore rien prouvé en série. Cam Ward n’est plus le gardien qu’il était lorsqu’il a signé son gros contrat. Bref, il y a beaucoup d’incertitude lorsqu’on parle d’un gardien signé à long terme.

Le fait que Crawford ne semble pas encore faire parmi de l’élite n’aide certainement pas les doutes à se dissiper. En effet, si l’on se fie au tableau ci-dessus qui évalue le % d’arrêts des gardiens à égalité numérique depuis 2008, on se rend compte que Crawford a encore des croûtes à manger (tout comme Price d’ailleurs).

Le % d’arrêts à égalité numérique n’est pas la seule statistique qui suggère que Crawford n’est peut-être pas encore au niveau élite. Le % des départs de qualité nous indique la même chose. Dans la LNH, un départ de qualité est un départ où le gardien a arrêté au moins 91,7% des rondelles dirigées vers son filet ou un match où il arrête au moins 88,5% des lancers tout en accordant deux buts ou moins. Le gardien des Hawks se retrouve tout de même dans le top 15, mais on ne peut pas dire qu’il se retrouve dans l’élite de ce côté non plus.

Une pente descendante ?

Ce tableau montre tous les gardiens ayant joué 100 matchs dans la LNH avant d’avoir 28 ans entre 1996 et 2007. Le tableau montre les statistiques de ces gardiens avant l’âge de 28 ans (âge de Crawford en ce moment) et leurs statistiques après l’âge de 30 ans. Disons que ces statistiques nous indiquent que la grande majorité de ces gardiens déclinent à partir de l’âge de 30 ans. Certains sont même hors de la ligue à cet âge, mais ce sont surtout des gardiens dont on voit les signes avant l’âge de 28 ans.

Il y a quelques gardiens qui s’améliorent, mais ce sont de très petites améliorations et on est bien loin des chûtes incroyables que certains cerbères subissent par rapport à leur performance (on salue Marc Denis, Stéphane Fiset et Jocelyn Thibault au passage).

S’il suit la tendance lourde, Crawford se dirige vers une pente descendante. Le fait que la LNH limite encore la longueur des jambières de gardiens laisse croire que Crawford a encore plus de chances de se diriger vers cette pente. En effet, Crawford est un de ceux qui sera le plus touché par cette nouvelle réglementation, arborant des jambières assez longues.

Il y a aussi l’historique des Hawks et de leurs contrats à leurs gardiens vétérans qui n’est pas très jojo. Les deux derniers gros contrats qu’ils ont donné à des gardiens vétérans étaient à Nikolai Khabibulin et à Cristobal Huet. Khabibulin a gagné 27 millions entre l’âge de 32 et 35 ans (6,75 M$/année) et était un méchant problème pour le plafond salarial de Chicago. Il a d’ailleurs quitté l’année avant la conquête de la Coupe Stanley.

Pour ce qui est de Huet, son contrat a été signé 1 année avant le départ de Khabibulin et c’était un contrat qui le payait 5,625 millions par année pendant 4 années alors qu’il était âgé de 33 ans. C’est donc dire qu’il a terminé ce contrat à l’âge de 36 ans alors qu’il était en Europe parce que les Hawks ne le voulaient plus. On dit jamais 2 sans 3, les Hawks doivent espérer que c’est faux.

En fait, la seule catégorie qui nous permet d’affirmer que Crawford fait partie de l’élite est la différence entre lui et ses remplaçants depuis son arrivée à Chicago (ce qui prouve notre point précédent par rapport aux contrats précédents des Hawks). Il se classe 2e à ce chapitre derrière Lundqvist. C’est ce genre de chiffres qui nous permet de voir que le fait de jouer pour Chicago n’a pas nécessairement aidé les chiffres du gardien québécois. Il faut noter que ces chiffres ne prennent pas en compte la saison 2013 qui fut la meilleure de Crawford, mais qui fut aussi celle où son remplaçant (Ray Emery) a obtenu pratiquement les mêmes chiffres. (0,04 de différence au niveau du % d’arrêts et même GAA)

Bref, le contrat de 6 ans d’une valeur de 36 millions de Crawford nous porte à croire qu’il fait dorénavant partie de l’élite même si les chiffres semblent nous dire le contraire. Nous ne saurons pas avant 2 ou 3 saisons si les Hawks avaient raison ou non de prendre cet énorme risque sur Crawford.

Personnellement, je crois que ce n’est pas un bon contrat, mais je suis prêt à attendre, car des gars qui s’y connaissent plus du côté des gardiens de but, comme Chouine, croient beaucoup en Crawford. Je suis donc prêt à laisser la chance au gardien québécois.

Tous les tableaux de ce texte sont tirés d’Hockey Abstract et MC79Hockey.