Keith Kinkaid a démontré sa frustration lors de la pratique du Rocket

Avec l’arrivée de Jesperi Kotkaniemi et de Cale Fleury à Laval au cours des derniers jours, on a beaucoup parlé du rôle de Joël Bouchard dans le développement du futur de l’équipe. Après tout, son rôle principal avec l’organisation est de développer des joueurs qui vont faire gagner le Canadien de Montréal dans le futur, mais pour ce faire, il ne peut pas seulement s’occuper des jeunes. Il doit aussi gérer les vétérans et on en a eu un rappel assez brutal mardi matin.

Dès la fin de la pratique du Rocket mardi matin, on a vu sur la patinoire une discussion animée d’une trentaine de minutes entre Keith Kinkaid et Joël Bouchard. Les journalistes sur place étaient trop loin pour entendre ce qui se disait entre les deux hommes, donc ils ne se criaient pas après, mais on pourrait qualifier l’échange de passionné.

Voici ce que Joël Bouchard avait à dire quelques minutes plus tard :

« Ce n’est pas moi contre lui. Le gars est frustré. Mettez-vous à sa place. Il est arrivé avec le Canadien et ce n’était pas son plan de se ramasser ici à Laval. Autant que j’ai une bonne relation avec lui, c’est beaucoup pour lui de gérer tout ça. On ne se fera pas de cachette, le jeune de 20 ans, Cayden, et ce n’est pas moi qui prend la décision, ça ne m’appartient pas, est rappelé. Le vétéran qui est ici, reste ici et ça fait beaucoup à avaler. »

C’est donc dire que c’est le rappel de Cayden Primeau pour le New Jersey qui semble avoir été la goutte qui a fait déborder le vase pour Kinkaid. Si on se met à sa place, on peut comprendre la frustration considérant que c’est son ancienne organisation et que ça lui aurait permis de revoir des gens qu’il a côtoyé pendant plusieurs années. Le passage à Laval est aussi plus facile à avaler quand tu crois avoir une chance de remonter dans la LNH, mais c’est le genre de décision qui lui rappelle qu’il est présentement le quatrième gardien de l’organisation.

« C’est sûr que le gars est frustré » a admis Joël Bouchard. « On a parlé de la situation. C’est sûr que ça affecte son jeu aussi. Je ne pense pas qu’il a des mauvaises performances, mais je pense qu’il y a des buts qu’il aimerait revoir, des moments de focus. C’est ce qui va arriver à un joueur pour qui c’est beaucoup d’émotions au cours des dernières semaines, des derniers mois. »

Un bel exemple de cette situation est le dernier match de Keith Kinkaid contre les Sénateurs de Belleville samedi dernier. Le gardien n’avait accordé qu’un but sur 26 tirs après deux périodes, permettant à son club de prendre une avance malgré du jeu inégal. Tout s’est effondré avec trois buts dans les six dernières minutes du temps réglementaire en route vers une défaite de 5-4 en prolongation.

L’entraîneur nous a aussi confié que c’est Keith Kinkaid qui est venu le voir sur la patinoire à la fin de la pratique. C’est ce qui a fait en sorte que cette discussion est devenue publique alors que ça n’aurait pas été le cas si ça avait eu lieu dans le bureau du coach.

Bouchard a toutefois dit que c’était correct qu’il vienne le voir à ce moment-là parce qu’il a une politique de porte ouverte avec tous ses joueurs qui fait en sorte qu’ils peuvent toujours aller lui jaser. Il a ajouté qu’il était entraîneur à temps plein et pas à temps partiel et qu’il devait être disponible quand les joueurs voulaient parler.

L’entraîneur a d’ailleurs voulu préciser que malgré cette discussion animée et la situation particulière avec Cayden, Kinkaid n’est pas un problème de comportement dans son vestiaire. « Keith, j’ai eu une discussion avec après deux semaines » a expliqué Bouchard. « Depuis ce temps-là, il est un professionnel hors-pair. Il a été même très bon pour Cayden. J’ai rien à redire sur ce côté-là. »

C’est un discours que l’on avait entendu à propos de Dale Weise plus tôt cette saison. Ça lui avait même valu une visite dans les estrades lors de cette fameuse discussion et ça avait visiblement aidé l’attaquant qui est aujourd’hui de retour avec le Canadien.

C’est la bonne nouvelle pour Keith Kinkaid, qui n’est pas le seul qui ne s’imaginait pas avec le Rocket en début de saison. J’en ai d’ailleurs parlé avec Karl Alzner après la pratique puisque le défenseur est l’un de ceux qui peut le mieux comprendre ce que vit le gardien même si la position de ce dernier complique encore plus la situation.

« C’est sûr que tu n’as pas l’impression d’avoir le gros bout du bâton dans cette situation. C’est particulièrement unique pour un gardien parce que quand tu descends de la LNH, tu t’attends à être le partant et jouer tous les matchs. On est six qui peuvent jouer en défense, ils sont deux et un seul a la chance de jouer. L’autre n’a pas cette chance. C’est particulièrement différent pour eux. S’il est frustré, je peux complètement comprendre. C’est une position difficile dans laquelle il est et tu veux juste le plus d’opportunités possible de te prouver pour remonter dans la LNH. »
– Karl Alzner

Bref, Keith Kinkaid est assez frustré pour que ça paraisse devant tout le monde à la fin d’une pratique, mais il a une assez bonne attitude pour que son coach le défende après une discussion animée de 30 minutes.

C’est quand même bon de mentionner qu’il n’a pas nommé son partant pour le match de mercredi soir contre Utica. Normalement, le départ devait aller à Cayden Primeau à cause du système d’alternance et c’est encore possible qu’il l’ait si l’équipe le renvoie à Laval au retour du New Jersey, mais si ce n’est pas le cas, l’équipe aura une décision à prendre entre Keith Kinkaid, qui est visiblement frustré, et Michael McNiven qui domine la ECHL, mais qui n’a pas eu sa chance avec Laval jusqu’à maintenant cette saison.

« Je suis pris dans un tough spot » a résumé Bouchard. « Je suis content parce que Cayden est rappelé, je comprends la situation de Kinkaid que c’est pas cool pour le gars et je suis content pour McNiven que je pense qu’il mérite d’avoir du temps dans la Ligue Américaine. »