Ce que la télé ne va jamais te montrer lors du repêchage de la NHL

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Crédit photo - Séance du repêchage 2018 de la NHL à Dallas

Le spectacle du repêchage amateur de la NHL est un évènement vraiment spécial qui a été développé pour faire vivre un moment magique aux joueurs (et à leur famille). Peu importe ce qui arrive lors de cette journée, je crois, dans le plus profond de mon coeur que juste le fait d’être un hockeyeur éligible à cette séance et d’avoir une chance d’être repêché devrait être une expérience qui se doit d’être savourée pleinement. C’est un évènement longuement anticiper par les équipes, les partisans, les joueurs, les agents et la famille. Lors de cette journée, il y a une grosse décharge d’émotions. On voit toutes sortes de réactions. Évidemment, les diffuseurs télés officiels de la ligue vont surtout montrer les moments magiques, mais il y a aussi beaucoup de moments cocasses et parfois malaisants. Voici une couple de situations qu’on ne va jamais te montrer à la télé.

Des espoirs de premier plan déjà tout croche

C’est probablement la situation la plus marquante que j’ai vécue. C’était lors du repêchage de 2013 organisé par les Devils du New Jersey. La séance avait lieu à l’aréna de Newark, mais toute l’action se passait à Manhattan. La raison était simple: Newark est une ville trop dangereuse pour laisser une tonne de famille un peu perdue dans cette région de New York. La veille du repêchage vers 10-11pm, alors que je marchais autour de l’hôtel officiel de la ligue, un grand jeune garçon qui marchait tout croche est venu me voir pour quêter une cigarette. Le kid était sur la brosse et me disait candidement qu’il n’était aucunement stressé pour sa journée du lendemain, car il savait qu’il allait sortir en 1re ronde. Imaginez si j’avais été un dépisteur de la ligue… Le lendemain,il a effectivement été repêché en 1re ronde. Il a changé de camp depuis, mais heureusement sa carrière va relativement bien.

Des vilaines chicanes de couple

Nous vivons dans une génération où le mariage représente surtout un gros party et pas vraiment un gage de loyauté. Avec le nouveau modèle familial reconstitué, lorsque fiston a la chance de se faire repêcher, toute la famille veut être présente et proche de lui. Et ça veut dire que pendant des heures (et parfois tout le weekend), le père et la mère accompagnés des nouveaux conjoints et en masse de beaux frères passent beaucoup trop de temps ensemble. Ho la la que j’ai été témoin de bonne chicane de famille entre ex-conjoints dans les corridors des arénas. J’ai vu des larmes et du mascara couler pour les mauvaises raisons. Si j’étais avocat en droit de la famille, je pense que je ferais de la publicité au repêchage et j’irais distribuer des cartes d’affaires pour développer ma clientèle. Mais il faudrait être diabolique pour faire cela.

Tel père tel fils

Je vous parlais plus haut des espoirs sur la brosse la veille de faire partie d’une équipe de hockey professionnel. Il y a aussi des papas qui dérapent pas à peu. La séance du samedi (ronde 2 à 7) débute assez tôt et j’en ai vu des monsieurs échapper leur hot dog dans leur 6e bière à 11 heures le matin. Je suis quand même un amateur de day-drinking et j’ai fait mes preuves en tant que pro du party, et je ne veux pas juger personne (même si c’est exactement ce que je suis en train de faire), mais je ne sais pas si c’est la meilleure chose au monde d’être sous l’influence de l’alcool lors d’une journée marquante de la carrière de son enfant.

Les loges des équipes

Là c’est le temps et l’endroit de faire le party! Une fois que le joueur a été repêché, reçu sa casquette, son jersey et fait ses entrevues médias, il est invité dans une grosse salle de réception commune. Il y a genre un buffet, un gros gâteau et un photobooth pour leur photo officielle de repêchage. Ensuite, le joueur et sa famille sont amenés dans la loge de l’équipe qui l’a repêché. Les joueurs qui viennent de se faire repêcher ont l’opportunité de rencontrer leurs potentiels futurs coéquipiers et les autres employés de l’organisation (DG, président, propriétaire). Certaines équipes vont remettre d’autres petits cadeaux à leurs joueurs tandis que d’autres équipes coupent dans ce genre de dépense. Par exemple, cette année, le Canadien de Montréal a invité tous ses joueurs repêchés, agents, familles et amis à un gros souper le samedi soir.

Des étranges réactions des jeunes

Comme je l’expliquais dans mon texte sur la préparation d’un agent, l’expérience du repêchage est vraiment une question de perspective. Et ça me sidère. J’ai vu des jeunes être déçu d’être repêché en 1re ronde au 25e rang alors que les mock draft les classaient dans le top 10. Ou des joueurs être triste de se faire repêcher par une équipe « poche ». Cela demeure toutefois des cas isolés, car la très grande majorité des jeunes qui portent un jersey de la NHL à la fin du weekend sont heureux comme un petit gros dans un magasin de bonbons.

La 7e ronde

L’ambiance de la dernière ronde de sélection est indescriptible. On entend les mouches volées. L’aréna est vide comme quand ça fait 10 minutes qu’un match du CH est fini suite a une lourde défaite de 5-1 contre les Panthers un mardi soir. Il reste environ 200 personnes assises dans les gradins, mais seulement 30 gars vont se lever. On entend les derniers grains de popcorn se faire croquer. Mais il y a de l’espoir. Elle se goute. Et quand le nom d’un jeune sort et qu’il est entouré de tous ses proches, c’est comme si toute la famille venait d’apprendre qu’elle vient de gagner 50 millions au 6/49. On les entend hurler de joie pendant 30 secondes. Et après cela le calme plat revient et les mouches recommencent à prendre le contrôle de l’ambiance audio.

Le plus dur, je crois, c’est quand tu vois un groupe de 3-4 coéquipiers junior qui portent un jersey de la NHL à la fin de la journée du samedi, et il y a un jeune qui n’en porte pas. On sent la séparation. Mais n’oubliez pas, il y a des joueurs que la seule compensation qu’ils vont avoir d’un club de la NHL c’est une casquette et un jersey alors que ceux qui partent les mains vides et qui vont garder une bonne attitude en persévérant vont  peut-être signer un contrat un jour.

P.-S. Gros merci à l’agent de joueur Chad Levitt de CEM Hockey de m’avoir invité avec lui à Dallas. Quelques photos de notre périple juste ici.