Peyton Manning et la mort

Drama

Lorsque Peyton Manning a annoncé lundi dernier qu’il se joignait aux Broncos de Denver, j’étais déçu. J’aurais aimé le voir gagner un championnat sous le soleil de San Francisco ou pulvériser le livre des records avec Larry Fitzgerald en Arizona. Mais l’homme au cou aussi solide que l’argumentaire de Richard Martineau a préféré continuer sa carrière à Denver. J’ai trouvé ça plate, mais je suis passé à autre chose. C’est certain qu’avec l’ouverture cette semaine des terrasses et la parade de filles en mini-jupes aux jambes aussi blanches que les toges du Klu Klux Klan, c’était facile d’avoir la tête ailleurs.

Malheureusement ce n’est pas tout le monde qui a mon déficit d’attention. Pour James H. Driver, l’arrivée de l’aîné des Manning dans les montagnes du Colorado lui a été fatale. Selon sa famille, la signature de Manning à Denver est la cause de son décès. C’est que cet américain, fanatique des Broncos et ennemi juré de Peyton Manning, souffrait d’une maladie qui le faisait osciller depuis quelques semaines entre la vie et la mort; il a trépassé ce lundi, juste après que la nouvelle que Manning se joindrait à ses Broncos chéris soit sortie. J’invente rien, voici l’avis de décès du monsieur qui a été publié par sa famille dans un journal local :

(la traduction est de moi)

James H. «Jim» Driver, 78 ans, de Eagle, Colorado, précédemment de Colombia, est décédé lundi, le 19 mars 2012 à South Hampton Place à Colombia suite à une brève maladie. Un grand fan des Broncos, il détestait Manning et voulait sortir de ce monde avant que ce dernier signe avec l’équipe.

(l’original, en anglais, pour ceux qui ne me font pas confiance)

James H. « Jim » Driver, 78, of Eagle, Colo., formerly of Columbia, passed away Monday, March 19, 2012, at South Hampton Place in Columbia after a brief illness. An avid Broncos fan, he abhorred Manning and evidently wanted out before a deal was done.

J’envie Manning. Il y a une question que chaque personne sur Terre se pose : est-ce que j’ai un impact sur les gens qui m’entourent? Est-ce que je laisse ma marque? Est-ce que je suis important? C’est même un argument pour certains suicidaires. «Je vais leur montrer. Je vais me tuer. Pis ils vont voir à quel point la vie est plate sans moi.» C’est pas super comme raisonnement, n’empêche ça nous traverse l’esprit de temps à autre.

J’envie Manning parce que lui, il a sa réponse. Il a bel et bien un impact sur ses contemporains. Peyton Manning sait maintenant qu’il y a un gars qui s’est laissé entraîner vers la mort pour éviter de le voir jouer pour son équipe favorite. C’est énorme. Lancer une interception au quatrième quart ça te pousse à l’introspection, mais ça…c’est un autre niveau. Ses records vont peut-être (sans doute) être éclipsés, mais il pourra toujours se consoler en se disant que lui, un homme a préféré la mort à le voir compléter une passe dans sa ville.

Pour ce qui est de la famille du défunt, chapeau pour le sens de l’humour. L’exemple ultime que face à la tragédie, souvent vaut mieux rire que de pleurer.