Interview de Pierre-Édouard Bellemare : « Une grande fierté »

Drama
Crédit photo - Arthur Heuzard

Après avoir conclu leur saison 2016/2017 par une défaite à la maison, dimanche soir, face aux Hurricanes de Carolina, les joueurs Flyers de Philadelphie avaient rendez-vous hier après-midi dans leur centre d’entrainement afin de nettoyer leurs casiers et ainsi passer une dernière fois devant les journalistes avant l’off-season.

Pour l’occasion, nous avons pu longuement nous entretenir avec le Français Pierre-Édouard Bellemare. Ce dernier est revenu avec nous sur sa saison et sur le championnat du monde de hockey qui aura lieu à Paris cette année.

Comment juges-tu ta saison sur le plan personnel ?

Pierre-Édouard Bellemare : « Ce n’est pas ma meilleure saison sur le plan offensif, par contre, je trouve que j’ai réussi à plus aider l’équipe dans le rôle que l’on m’a donné. Cependant, je pense que je peux m’améliorer offensivement afin de pouvoir rendre l’équipe meilleure la saison prochaine. Après j’ai eu pas mal de reconnaissances, ce qui est incroyable. L’extension de contrat, le « A », le fait de jouer à la coupe du monde et j’ai vraiment eu une saison incroyable sur ce plan là. »

Est-ce que tu peux détailler quand tu parles de « rôle »?

« En fait, j’ai accepté un rôle au niveau offensif dans la NHL où je fais primer mon jeu défensif, et je pense que j’ai un peu trop travaillé pour être juste bon dans ce rôle. Du coup, j’ai abandonné des valeurs et qualités offensives, et il va falloir que je travaille vraiment dur pour aller les récupérer. »

Maintenant, sur le plan plus collectif, qu’est qu’il a manqué aux Flyers pour que vous puissiez décrocher une place en Play-offs ?

« Cette année je trouve qu’on s’est souvent retrouvé en 3ème période avec un score serré et on trouvait le moyen de perdre le match avec une décision individuelle stupide. Et c’est malheureux par rapport à l’année d’avant où l’on trouvait toujours un moyen de gagner le match. Et je pense que la différence où l’on a bien joué et mal joué se situe là. »

Tu as signé une extension de contrat le 1er mars dernier, est-ce que tu peux nous dévoiler les dessous de ce deal ?

« En NHL quand tu arrives dans ta dernière de contrat tu sais très bien que tu vas être échangé ou que tu vas te faire resigner. C’est assez simple, les Flyers pouvaient m’échanger pour recevoir quelque chose en retour et on va dire que je suis tellement peu cher pour le rôle que j’ai, qu’il y aurait eu des équipes qui allait demander un échange. Finalement, les Flyers sont venus 1 semaine avant la fin de la deadline pour me dire qu’il voulait me resigner et que si on ne trouvait pas un accord, ça allait être compliqué pour eux de me garder si une équipe venait me chercher. De là les tractations ont commencé, et j’ai signé mon extension quelques heures avant la fin de la deadline. »

Plutôt surpris et content j’imagine de voir que l’équipe veuille te garder ?

« Oui, je suis fier de l’organisation et j’aime jouer ici. Avec ma femme on a réussi à y construire notre vie sociale et on aime beaucoup la ville donc nous ça nous va de rester ici. Après je ne vais pas te mentir, la NHL c’est la NHL. Peu importe où je me retrouve, ça reste toujours la NHL. Ça n’a pas changé depuis le premier jour où je suis arrivé. Mais c’est vrai que de pouvoir rester dans cette équipe et surtout le fait de recevoir 2 ans de plus qui font que c’est une équipe qui me fait confiance malgré mon âge de 32 ans, c’est quelque chose d’assez exceptionnel. »

Dans la foulée de ton extension de contrat, tu as reçu le titre de Capitaine Alternatif et tu portes donc maintenant le « A » sur ton maillot. D’où vient cette décision, est-ce le coach Dave Hakstol, le General Manager Ron Hextall, ou bien tes coéquipiers ?

« Ça vient plus du coach et des membres principaux de l’organisation comme le manager et le président. Le coach m’a juste dit que j’avais travaillé dur pour avoir un « A » sur mon maillot, dans le sens où j’ai travaillé sans rien demander derrière en récompense, juste travailler pour l’équipe. Il trouvait que les valeurs avec lesquelles je venais travailler tous les jours étaient des valeurs qu’il voulait représenter donc c’était normal pour lui de me donner le « A ». »

Je savais que tu étais déjà un leader dans le vestiaire avant que tu deviennes capitaine alternatif. Est-ce que ce « A » n’a finalement pas changé quelque chose dans ton attitude ?

« Ça n’a pas changé grand-chose. Je ne vais pas parler plus ou moins parce que j’ai le « A ». Par contre ça m’aidé dans le sens où les autres joueurs maintenant se retrouvent à me soutenir un peu plus. Par exemple, quand je parle dans le vestiaire, les autres leaders vont me supporter. Ce « A » m’aide à avoir du support de la part de tout le monde. »

Un joueur de 4ème ligne qui joue avec un A ce n’est pas courant, est-ce que ça te rajoute pas un peu plus de pression sur les épaules ?

« Peut-être, mais honnêtement je ne la ressens pas. Je pense que c’est un peu quelque chose qui a été oublié dans le sens où la lettre sur le maillot n’a rien à voir avec le nombre de points que tu mets ou le montant de ton salaire. La lettre sur le maillot ça représente le fait d’aider n’importe quel joueur de l’équipe pour qu’il puisse réussir à donner le meilleur de lui. Le fait d’avoir le « A » ne change pas, juste parce que je joue en 4ème ligne. Que je sois sur la 1ère ou 4ème, le rôle du « A » reste le même. Mon travail sur la 4ème ligne a une pression en lui-même mais le « A » ne rajoute pas de pression là-dessus. »

Dernièrement, tu as reçu le Gene Hart Memorial Award (ndlr : Le Gene Hart Memorial Award est décerné par le Fan Club des Flyers afin de récompenser le joueur qui a joué avec le plus de « coeur » au cours de la saison), est-ce que finalement ce n’est pas le trophée qui te définit le plus ?

« Je ne sais pas mais c’est une des valeurs qu’on essaye d’inculquer aux joueurs de l’équipe de France, surtout pour les nouvelles générations. Quand je suis arrivé en Équipe de France, il y avait des joueurs plus âgés que moi qui m’ont transmis cette mentalité et m’ont expliqué à quel point c’était important de la garder tout au long de ma carrière. Je me retrouve maintenant à recevoir un trophée 10-12 ans plus tard et j’espère que ça va aider d’autres joueurs de l’équipe de France à comprendre à quel point c’est important de jouer pour l’équipe. Je n’ai jamais travaillé pour recevoir ses récompenses même si ça fait plaisir de voir que des personnes reconnaissent que tu travailles dur tous les jours. »

Pourrais-tu me donner des noms de joueurs, entraîneurs ou personnes qui t’ont transmis cette mentalité ?

« Laurent Meunier, Baptiste Amar, Cristobal Huet, Laurent Gras. Tu en as plein et je ne peux pas tous te les donner car quand je suis arrivé en équipe de France, c’était toute l’équipe, du coup c’est dur de citer toute une équipe. Mais maintenant que je suis un des joueurs les plus âgés de l’équipe, c’est quelque chose qu’il va falloir à tout prix que j’arrive à inculquer aux jeunes joueurs parce qu’on m’a transmis ses valeurs et 12 ans plus tard je me retrouve en NHL avec ce trophée du joueur qui joue avec le plus de cœur dans l’une des meilleures équipes de la ligue. Honnêtement, je n’aurais pas eu ce trophée si je n’étais pas passé par l’équipe de France. »

Justement, l’équipe de France, on est le 11 avril, quand vas-tu rejoindre les bleus pour le championnat du monde à venir ?

« Sincèrement, avec ma femme on vient d’acheter une maison ici du coup malheureusement j’ai quelques papiers à régler avant de pouvoir aller avec l’équipe de France. De toute façon, j’ai prévu de me reposer avant d’y arrivé car je n’ai pas envie d’être cassé. J’ai joué 99 matchs cette saison et je pense qu’il est important que je me repose afin de pouvoir me donner à 100% avec l’équipe. Du coup je pense que je rejoindrais l’équipe de France avant les matchs de Bordeaux. »

Du coup avec 99 matchs cette saison, comment te sens-tu physiquement ?

« Relativement bien, ce qui est limite inquiétant (rires). Le moral est bon et le corps va bien donc on va toucher du bois en espérant que je puisse garder cela jusqu’à la fin de l’année. »

Le championnat du monde est co-organisé en France, qu’est-ce que ça représente d’avoir une telle compétition sur son territoire ?

« De la fierté ! Ça fait plus de 15 ans que l’on travaille pour réussir cela. Il y a 15 ans de ça, on travaillait pour remonter dans le groupe A. On a finalement réussi à monter au bout de 5 ans. Après il y a 10 ans de groupe A où l’on travaille fort pour se maintenir, pour pouvoir donner la chance aux jeunes joueurs Français de pouvoir se montrer à leur tour, de montrer les valeurs de l’équipe de France et maintenant on se retrouve avec le mondial en France grâce à notre sport. Ce que je veux dire c’est que si jamais un jour on se retrouve à avoir les jeux Olympiques, ça ne sera pas juste grâce à nous, grâce au hockey sur glace. Ce sera grâce aux autres sports qui auront aussi contribué au fait que la France obtienne les Jeux Olympiques, ce ne sera pas spécialement le hockey qui aura amené les JO. Le championnat du monde, c’est nous. On le ramène à la maison parce qu’on a travaillé dur pendant tellement d’années pour qu’on soit reconnu en tant qu’une nation de hockey. Et c’est une grande fierté de pouvoir montrer à tout le monde que la France, petit à petit, peu importe les travers, la ligue, les sponsors ou la télé qui ne nous suit pas autant que dans les autres pays, que nous aussi, en France, on peut jouer au Hockey sur Glace. »

Chaque année, on le sait, l’objectif de la France est de se maintenir dans le groupe A, est-ce qu’il n’y a pas une pression supplémentaire à devoir accomplir cette tâche à Bercy cette année ?

« Je pense que tous les ans on a la pression de réussir un bon championnat du monde, de réussir à montrer les valeurs du hockey Français. Le fait de le recevoir à la maison, je pense qu’il va falloir être honnête avec nous-même et qu’on soit honnête avec les journaux. Il faut que les gens comprennent que l’on a le groupe le plus dur depuis que moi je suis arrivé en équipe de France. Cette année, c’est le groupe le plus compliqué. Le ventre du hockey mondial est beaucoup plus serré et ça va être quelque chose de beaucoup plus dur. J’espère bien que toute l’équipe va réussir à comprendre que le maintien serait une grosse récompense et que seulement après ça, tout match gagné ne sera qu’un gros bonus pour le public parisien. »

Une question maintenant sur le conflit entre les joueurs internationaux et la NHL qui refuse de participer aux Jeux Olympiques en 2018. La France n’est malheureusement pas qualifiée pour 2018 mais j’aurais aimé avoir ton avis sur ce dossier ?

« Déjà, je suis bien content de ne pas avoir à répondre techniquement parlant à cette question-là. Le fait que l’on n’ait pas réussi à se qualifier rend la tâche beaucoup plus simple dans mon cas. Ça aurait été vraiment dur de ne pas partir ou de trouver un moyen. Ça aurait été une décision vraiment difficile. J’ai rêvé des JO mais je n’ai jamais rêvé de la NHL. Attention, la NHL ça reste quelque chose d’incroyable mais faire les Jeux Olympiques ça reste un rêve et je pense que je me serais retrouvé en froid avec la ligue parce que je pense que je serais parti aux JO. »