Justin Goldman nous parle des gardiens du CH, de la LNH et du futur

carey price peter budaj

Pour cet article, je me suis entretenu avec Justin Goldman. Goldman est le fondateur de TheHockeyGuild, qui offre des services de recruteurs pour les gardiens de but, et de TheGoaliePost, qui se concentre plus sur les gardiens pour les pools de hockey. Goldman écrit également pour Dobber Hockey et NHL.com. Il est basé au Colorado, et a donc eu la chance de voir jouer Peter Budaj pendant quelques années. Il a accepté de répondre à nos questions sur plusieurs sujets qui ont un lien avec les gardiens.

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Comme vous habitez au Colorado, vous avez vu jouer Peter Budaj à plusieurs reprises, quels sont ses forces et faiblesses selon vous?

Justin Goldman: Budaj n’est pas reconnu comme un des gardiens les plus talentueux de la ligue, mais ce qu’il manque en talent est racheté par son éthique de travail. Peter est très travaillant et il amène son attitude positive et motivante à l’aréna à chaque jour. C’est le 2e gardien idéal parce qu’il est reconnu pour prendre plusieurs lancers supplémentaire à la fin des pratiques. Il est également très encourageant et supporte ses coéquipiers. Aussi, il aime bien donner des conseils avant les fusillades. Donc, je crois qu’il a des forces bien assorties pour être le backup de Carey Price. C’est un gardien très athlétique qui se bat bien qui a un talent moyen, mais bien peaufiné. C’est un 2e gardien correct, mais son attitude et son positivisme sont parfaits pour son rôle. Je dirais que sa plus grande faiblesse serait son inhabilité à performer à un haut niveau de confiance sur une longue base. Il a également de la difficulté avec son contrôle sur les retours, sa position des mains (qui s’améliore cette année) et sa profondeur dans le filet. Quand il est plus confiant, il est beaucoup plus efficace. Quand il manque de confiance par contre, il a vraiment beaucoup de difficultés. Pendant son passage au Colorado, il a eu quelques bons mois éparpillés, mais il a été incapable de s’établir comme un vrai numéro 1. Cela est arrivé en partie à cause d’un manque de support de l’équipe, mais aussi à cause de son talent limité.

Dans ses 4 départs depuis le début de l’année, les statistiques et le jeu de Budaj semblent s’améliorer. Est-ce que vous avez remarqué un changement depuis son arrivée à Montréal?

J.G.: Oui, j’ai remarqué quelques changements subtiles dans le jeu de Budaj. Ses mains semblent beaucoup plus « actives » et sa position de base a changé légèrement. Cela améliore une de ses faiblesses de ses années au Colorado. Au lieu de se faire prendre les mains trop basses ou trop sur les côtés, ses mains semblent un peu plus hautes et un peu plus près du corps que ce j’ai vu durant les dernières saisons. Du côté de sa position, il a une position légèrement moins large, donc il se tient plus droit et de façon plus agressive en terme de profondeur dans son demi-cercle. Au Colorado, il se faisait souvent prendre trop creux dans son demi-cercle et il ne se grossissait pas suffisamment. À Montréal, il semble avoir pris un peu de la technique et de la position de base de Carey Price, surtout dans la façon dont ses patins sont placés dans le demi-cercle. Comme on voit souvent dans les 2e gardiens, Peter semble imiter quelques éléments et des aspects du jeu de Carey Price, ce qui est une chose positive. Je suis très heureux de voir les ajustements faits par l’entraineur des gardiens, Pierre Groulx, mais il est difficile pour moi de voir son nouveau jeu puisqu’il n’a joué que 4 matchs.

Je sais que vous avez classé Carey Price dans votre top 10 au début de l’année, mais où le voyez-vous en terme de talent maintenant dans la ligue?

J.G.: Je considèrerais Price comme un des top 5 ou 6 des gardiens dans la ligue présentement. Personnellement, je l’inclue dans la même classe qu’Henrik Lundqvist, Pekka Rinne, Miikka Kiprusoff, Ryan Miller et Tim Thomas. Il y a d’autres excellents gardiens dans la ligue, mais les gars nommés précédemment représentent vraiment la crème à cause de leurs succès depuis plusieurs années. Évidemment, les gars comme Tuukka Rask, Cory Schneider and Devan Dubnyk sont à considérer, mais je crois que Price est le meilleur gardien de moins de 25 ans. Quand on parle du top 5 ou du top 10 des gardiens dans le monde, il est important de comprendre que le niveau se ressemble énormément. Ils font tous parti de l’élite, ils sont tous capables d’être le meilleur à un moment donné, dépendamment de leurs performances. Donc, la liste de chaque recruteur peut être un peu différente en ce qui attrait aux meilleurs gardiens, mais Price va se retrouver dans le top 5 ou 6 de toutes ces listes.

 

Quel est le potentiel de Price pour les prochaines années? Voyez-vous un Vezina dans son futur et sur quoi devra-t-il travailler dans son jeu?

J.G.: Je crois que Price est très capable de gagner le trophée Vezina. Toutefois, ce n’est pas toujours le plus talentueux qui remporte le trophée. Le gagnant est souvent celui qui fait le mieux dans les catégories statistiques, qui est le plus important dans les succès de son équipe et qui sait élever son jeu lorsque nécessaire. Il faut se rappeler que ce sont les 30 directeurs-généraux qui votent pour le Vezina, donc celui qu’ils considèrent comme le meilleur peut grandement varier. Comme Price est toujours sous le microscope, et parce qu’il est clairement capable d’être un des gardiens ayant le plus de succès dans la ligue, il a de très bonnes chances d’en gagner dans les 8-10 prochaines années. Il joue la majorité des parties du CH et est très constant dans un des marchés les plus difficiles au monde. Tout dans son jeu est au niveau de l’élite et ce n’est qu’une façon de gagner de la sagesse et de l’expérience dans son cas. Tu peux avoir tout le talent au monde, mais si tu ne fais pas les grosses arrêts ou tu ne fais pas les bonnes décisions, sur et hors la glace, tu vas sous-performer par rapport aux attentes. L’éthique de travail va être l’élément clé pour Carey Price dans le futur. On peut toujours travailler plus fort, et meilleur tu es, plus tu dois travailler pour être encore meilleur. Price ne peut pas être complaisant, il doit donc travailler fort en pratique pour conserver ses forces et travailler ses petites faiblesses.

Au cours des 2 dernières années, Carey Price a emménagé avec sa blonde et a réduit sa présence dans le nightlife montréalais. Environ au même moment, il a commencé à mieux jouer. À quel point est-ce que la vie hors de l’aréna peut affecter le jeu d’un gardien?

J.G.: Il est crucial pour tout joueur d’hockey, et tout athlète d’ailleurs, d’avoir un train de vie balancé. Plus on vieillit, plus on comprend l’importance d’avoir une vie équilibré. Budaj, d’ailleurs en est un excellent exemple. Quand il était avec l’Avalanche, il était toujours à l’aréna. Quand il avait des problèmes, il pensait constamment aux parties de son jeu qui lui faisaient défaut. Il avait peu d’occasion de s’enfuir et de faire le vide mentalement. Il n’y a rien de mal à tout cette dévouement, mais maintenant qu’il est plus vieux et a une famille, Budaj a une meilleure équilibre dans sa vie et j’ai l’impression que cela l’aide à être un gardien constant. Il sait maintenant ce qui est vraiment important dans sa vie (sa famille et ses amis par exemple) et que même si le hockey est sa carrière, ça reste un jeu. J’ai l’impression que Price est en train d’apprendre la même leçon. Il fait face à une pression médiatique intense, donc avoir du temps avec sa blonde en dehors de la pression devient très important. En général, je crois que Price vit une bonne maturation. Il apprend de ses erreurs, il apprend quand rester calme et quand démonter plus d’énergie. Il approche présentement son apogée, qui est encore à quelques années de lui (on considère normalement l’apogée d’un gardien entre 26 et 28 ans).

Dans les dernières années, l’organisation du Canadien a surtout engagé des gardiens vétérans pour aider Price. Pendant ces années, le CH n’a pas travaillé à développer d’autre gardien, ce qui est comprenable vu qu’ils ont Price. À quel moment faudra-t-il repêcher un autre gardien que à qui Price pourra servir de mentor?

J.G.: C’est maintenant le temps! Il n’est jamais trop tôt pour repêcher et développer de bons jeunes gardiens. Quand on regarde dans la LNH maintenant, il y a tellement de bons jeunes gardiens qui prouvent leur valeur. Nous n’avons qu’à penser à Richard Bachman à Dallas, Leland Irving à Calgary, Jacob Markstrom en Floride, Matt Hackett au Minnesota, Robin Lehner à Ottawa, par exemple, et la liste continue encore et encore pour voir qu’il y a beaucoup de gardiens qui poussent. Selon moi, toutes les équipes de la ligue devrai investir dans un entraineur des gardiens à temps plein, un assitant-entraineur des gardiens ainsi qu’un responsable vidéo qui se concentre sur les gardiens afin de s’assurer que les espoirs du club se développent le plus efficacement possible. Si les espoirs ne se développent pas suffisamment pour faire le club, ils deviennent des commodités que l’ont peut échanger pour un bon retour. Donc, peu importe la vitesse à laquelle ils se développent, ils sont toujours très importants pour l’organisation. Présentement, je crois que l’organisation du Canadien possède un espoir très talentueux en Peter Delmas. J’ai eu la chance de le voir évoluer puisqu’il a été repêché par l’Avalanche et je sais qu’il a beaucoup de talent brut. Dans 1 ou 2 ans, je crois qu’il pourrait jouer le rôle de second violon à Carey et se développer comme un très bon gardien. À ce moment, Price pourrait être un bon mentor pour un gardien comme Delmas.

Selon vous, qui est le meilleur gardien présentement dans la LNH?

J.G.: Il m’est impossible de n’en choisir qu’un. Donc, dans l’Est, j’irais avec Henrik Lundqvist et dans l’Ouest mon choix s’arrêterait sur Pekka Rinne.

Depuis plusieurs années, la province de Québec est une pépinière en terme de gardiens de but dans la LNH avec Roy, Brodeur et Luongo pour ne nommer que ceux-là. Or depuis quelques années, les gardiens venant du Québec semblent voir leur importance diminuer. Avez-vous une explication pour ce phénomène?

J.G.: Je crois que ce « phénomène » est plutôt du au fait qu’il y a de plus en plus de bons gardiens d’un peu partout dans le monde. Il y a toujours des gardiens exceptionnels qui se forment au Québec, mais il y en a aussi plus qui évoluent et qui se développent en Europe. En Finlande, puisqu’il y a tellement d’arénas pour le nombre de joueurs, les gardiens évoluent beaucoup plus rapidement au fil des années. Cette évolution s’intensifie en partie à cause des entraineurs des gardiens plus progressifs dans leurs méthodes en Scandinavie. Je crois aussi qu’il est important pour les lecteurs de comprendre que le nombre de gardiens québécois baissent maintenant parce la balance globale dans le monde est beaucoup plus égale. Mis à part la Suède et la Finlande, on voit des gardiens russes (Varlamov, Bryzgalov), des slovaques (Halak, Budaj), des tchèques (Neuvirth, Pavelec) et même des suisses (Hiller). Pourquoi ces gardiens ont tant de succès? Parce qu’ils s’entrainent dans leur pays natal avec de bons entraineurs du Canada (Francois Allaire en est un bon exemple). Spécialement depuis 3 ou 4 années, les entraineurs de gardiens en Amérique du Nord connectent avec les entraineurs de gardien en Europe pour créer une sorte de réseau entre les deux continents. La Finlande est littéralement une usine à gardien de buts et la récompense est arrivée après plusieurs décennies d’efforts. Allaire, lui, tient un camp à chaque année en Suisse. Donc, on voit des gardiens nord-américains incorporer des élément du style dit « finlandais » alors que des gardiens européens amènes des éléments du style « papillon québécois » à leur jeu. On assiste à une vraie chimie des styles et des méthodes au travers du globe. Tout comme le monde devient plus petit avec les réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, le monde des gardiens de buts devient plus petit lui aussi puisque les entraineurs échangent entre eux et améliorent la position avec de nouvelles méthodologies de travail. Il y a plus de ressources en ligne, plus de cliniques, camps, centre d’entrainements et plus d’exercice pour les jeunes gardiens que jamais auparavant. À cause de cela, il est normal que la province de Québec ne dominera plus les statistiques en terme de gardiens dans la LNH. Toutefois, la province ne cessera pas de développer de bons gardiens, ils vont tout simplement affronter une meilleur compétition.

Nous aimerions remercier M. Goldman qui a été assez aimable pour répondre à mes question. Il ne parle pas français et travaille en anglais, mais si ça vous intéresse, vous pouvez le trouver sur Twitter @TheGoalieGuild où je vous le conseille de le suivre si vous comprenez la langue de Shakespeare puisqu’il analyse les gardiens en temps direct et il est souvent très intéressant à lire.