Les multiples visages de la violence

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Crédit photo - Capture d'écran Twitter

Le monde sportif continue de réagir au décès de George Floyd, mais aussi aux nombreuses manifestations contre la brutalité policière et le racisme.

Le propriétaire des Raiders de Las Vegas a déclaré que la situation était actuellement très tendue et que l’émotion était à son comble. Mark Davis a ajouté que de « brûler la maison d’un concitoyen n’était pas la réponse appropriée. »

Du côté, de New York, le président de la Madison Square Garden Company James Dolan a envoyé un courriel à ses employés lundi, selon le réseau ESPN. Dans son message, M. Dolan a expliqué pourquoi il ne voulait pas commenter la situation actuelle. « En tant que compagnie œuvrant dans le sport et le divertissement, nous ne sommes pas plus qualifiés que qui que ce soit pour émettre notre opinion sur des enjeux de société. Ce qui est important, c’est la manière que nous agissons au sein de notre entreprise. »

Ces deux déclarations ne sont pas outrageuses, ni agressives, mais elles ne règlent rien du tout.

Mon grain de sel

D’abord, je tiens à dire que je ne cautionne aucunement la violence, sous aucune de ses formes.

Parce qu’il est bien là le problème. Plusieurs voix, dont celle du président américain, se sont élevées au cours des derniers jours pour dénoncer les violentes manifestations qui ont suivi le décès de George Floyd.

C’est indéniable que cette violence est regrettable, mais elle n’est pas gratuite. Cette violence est née d’une autre violence. Cette dernière est elle aussi physique, mais aussi psychologique. Et elle ne date pas d’il y a une semaine.

Les gens ne sortent pas dans les rues à cause de George Floyd. Ils ne brisent pas les vitrines à cause de George Floyd et ne mettent pas le feu à des postes de police à cause de George Floyd.

S’ils font tout ça, c’est parce qu’ils en ont assez. Assez du profilage racial, assez de la brutalité policière ciblée envers les afro-américains. Ils en ont assez d’être victimes de racisme à tous les jours, par d’autres citoyens, mais aussi par les institutions qui sont supposées les défendre.

Les manifestants ne dénoncent pas le décès d’un homme, mais les incalculables victimes d’un système qui ne leur laisse pas les mêmes chances qu’à tout le monde. Ils dénoncent notamment tous les noirs morts à la suite d’une mauvaise intervention policière. Ce qu’ils dénoncent aussi, ce sont les inégalités sociales, la pauvreté et la discrimination qui continue de sévir, et pas seulement aux États-Unis.

Est-ce que la situation s’est améliorée par rapport à il y a 20 ans, 50 ans, 100 ans, 200 ans. Certainement… Mais le racisme est encore bien loin d’être éradiqué. Il est malheureusement ancré solidement dans la société.

À court de solutions

La patience a ses limites et quand on parle en terme de décennies, de siècles, comment ne pas devenir impatient quand on continue de voir les mêmes injustices?

Au fil des années, il y a pourtant eu plusieurs leaders, plusieurs mouvements qui ont utilisé la diplomatie plutôt que la violence. Ce ne sont pas les initiatives pacifiques qui ont manqué pour tenter de mettre fin au racisme. Et il est important qu’elles continuent d’exister.

Cependant, malgré les nombreux efforts déployés pour apporter égalité et justice à la société, des situations odieuses continuent de se produire beaucoup trop souvent.

Dans ces circonstances, on ne peut être surpris de voir que plusieurs victimes de ce système se sont découragées de la voie pacifique. Ils essayent autre chose. Ils tentent de brasser la cage en utilisant la violence.

La plupart des sociétés dites démocratiques se sont bâties par la guerre et les morts. Est-ce souhaitable encore en 2020? Bien sûr que non.

Il s’agit d’un geste de désespoir posé par des gens qu’on ne veut pas écouter. Des individus ostracisés sans aucune raison valable et qui ne peuvent se résoudre à vivre dans un monde où on les considère comme des citoyens de seconde classe.

Imaginez un enfant qui se fait intimider pendant tout son secondaire, jour après jour. Ce dernier confronte son bourreau, mais ça ne fait qu’empirer les choses. Il va ensuite voir ses professeurs; il va voir la direction. Pourtant rien ne change. Après cinq ans, l’enfant décide qu’il en a assez et décide d’en venir aux poings et frappe son bourreau. Quel est son degré de responsabilité? Comment doit-on réagir? Quelle sanction lui imposer? Et son intimidateur, on fait quoi avec?

C’est sensiblement la même situation que l’on voit actuellement dans les rues américaines.

Je pense que cette vidéo, partagée notamment par Jonathan Toews, est particulièrement éloquente, tout comme le message du capitaine des Blackhawks.

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A lot of people may claim these riots and acts of destruction are a terrible response. I’ll be the first to admit that as a white male that was also my first reaction. But who am I to tell someone that their pain is not real? Especially when it is at a boiling point and impossible to hold in anymore. It’s obviously coming from a place of truth. This reaction isn’t coming out of thin air. I’m not condoning or approving the looting, but are we really going to sit here and say that peaceful protesting is the only answer? There has been plenty of time for that, and if it was the answer we would’ve given it our full attention long ago. Listen to these two men debate. They are lost, they are in pain. They strived for a better future but as they get older they realize their efforts may be futile. They don’t know the answer of how to solve this problem for the next generation of black women and men. This breaks my heart. I can’t pretend for a second that I know what it feels like to walk in a black man’s shoes. However, seeing the video of George Floyd’s death and the violent reaction across the country moved me to tears. It has pushed me to think, how much pain are black people and other minorities really feeling? What have Native American people dealt with in both Canada and US? What is it really like to grow up in their world? Where am I ignorant about the privileges that I may have that others don’t? Compassion to me is at least trying to FEEL and UNDERSTAND what someone else is going through. For just a moment maybe I can try to see the world through their eyes. Covid has been rough but it has given us the opportunity to be much less preoccupied with our busy lives. We can no longer distract ourselves from the truth of what is going on. My message isn’t for black people and what they should do going forward. My message is to white people to open our eyes and our hearts. That’s the only choice we have, otherwise this will continue. Let’s choose to fight hate and fear with love and awareness. Ask not what can you do for me, but what can I do for you? Be the one to make the first move. In the end, love conquers all. #blacklivesmatter

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Pour revenir à la déclaration de James Dolan, je ne peux qu’être en désaccord. Les entreprises sportives, au même titre que les autres, font partie de la société. Elles ont le droit et même le devoir de commenter des enjeux sociaux. Rester silencieux, c’est accepter le statut quo. Et le statut quo ne peut que générer de la violence.