Vous n’êtes pas sans savoir que la NHL n’en est pas à son premier conflit de travail. Depuis que la ligue en tant que tel existe, des conflits ont eu lieu entre les joueurs et les propriétaire relativement à la part du gâteau qui revient aux joueurs. Un de ces conflit a eu une incidence dans le championnat de la Coupe Stanley en ce que l’équipe favorite pour remporter le bol en argent, les Tigers d’Hamilton, furent disqualifiées… Ce fut d’ailleurs le premier grand conflit de travail de la NHL.

Hamilton est quand même une ville étrange… Il s’agit d’une des villes les plus peuplées du Canada, mais on dirait une ville fantôme… Quand on la traverse, on a difficilement le goût d’y arrêter en voyant ces nuages de fumée et ce feu apocalyptique sortant des aciéries. On en vient presque à se poser la question à savoir si le Canadiens y ont installé leur club école afin de donner une ambiance de passage en enfer aux joueurs recalés… En dehors de cette équipe, la seule équipe sportive représentant la ville canadienne de l’acier est leur équipe de la ligue canadienne de football, les Tiger Cats.

Mais ce n’est pas un secret pour personne que le désir de cette ville d’obtenir une équipe de la NHL et ça ne date pas d’hier. L’aréna principale de la ville, le Copps Coliseum, nommé en honneur de Victor Copps, le papa de Sheila, a d’ailleurs été construit dans les années 80 avec le dessein avoué de pouvoir accueillir une franchise de la NHL. Malheureusement, les seuls utilisateurs de l’aréna sont depuis 13 ans les Bulldogs de la Ligue américaine…

Mais de 1920 à 1925, Hamilton possédait son équipe de la NHL, les Tigers d’Hamilton. C’est en 1920 que la NHL devint propriétaire de la franchise des Bulldogs de Québec qui fut par la suite vendu à un investisseur d’Hamilton, Percy Thompson de la Abso Pure Ice Company. L’équipe déménagea donc à Hamilton et fut renommée les Tigers. Les Bulldogs, disparus en 1917, avaient été remis sur pieds lors de la saison 1919-20 afin d’entrer dans la NHL. À cette occasion, le légendaire Joe Malone, que l’on voit ici dans l’uniforme des Tigers d’Hamilton, quitta le Canadiens de Montréal afin de retourner dans l’équipe de sa ville natale avec lequel il brilla avant de se joindre aux Canadiens. À l’image des dernières saisons des Bulldogs au sein de la NHA, l’unique saison de Québec dans la NHL fut une saison de misère et l’équipe connut des difficultés financières. La NHL prit la décision comme je l’ai dit plus haut de vendre l’équipe et de la déménager. Mis à part les deux saison où les Bulldogs de la NHA remportèrent la Coupe Stanley, en 1912 et 1913, l’équipe ne connut jamais vraiment de succès sur glace.

(Plogue : l’excellent journaliste de Radio-Canada Marc Durand a écrit un livre sur les Bulldogs de Québec qui sortira dans quelques semaines, avis aux intéressés)

Toutefois, tout comme lors des saisons précédentes, l’incomparable Joe Malone connut une saison exceptionnelle de 39 buts et 10 passes en 24 matchs et inscrivit son nom sur le trophée Art Ross pour la seconde fois en 3 ans lors de cette saison. Joe Malone, le Fantôme de Québec, fit le voyage vers Hamilton où il allait désormais occuper non seulement le poste de joueur vedette, mais également celui d’entraîneur. Il passa les deux saisons suivantes avec l’équipe, récoltant un total de 54 buts en 44 matchs lors des deux saisons. Il fut suspendu par l’équipe après avoir refusé de se reporter au camp d’entraînement de 1922. Malone retourna avec le Canadiens quelques mois plus tard avec qui il termina sa longue et glorieuse carrière.

Les Tigers d’Hamilton débutèrent leur histoire avec un gain surprenant de 5-0 contre le Canadien, mais ce ne fut qu’une surprise avant un océan de marasme. Les 4 premières saisons des Tigers furent désastreuses, terminant à chaque fois en dernière position de la NHL qui ne comptait que 4 équipes à l’époque, les Canadiens de Montréal, les St-Pats de Toronto (futurs Leafs), les Tigers d’Hamilton et les Senators d’Ottawa. À la saison 1924-25, les Tigers prirent des mesures drastiques afin d’améliorer le rendement de l’équipe et furent récompensés pour leur travail de réingénérie. Les Tigers remportèrent les 19 des 30 matchs de la saison, terminant au premier rang de la NHL. Le premier rang da la ligue donnait à l’époque un ticket pour la finale des séries d’après-saison de la NHL.

Alors que les St-Pats de Toronto et les Canadiens de Montréal se disputaient la série demi-finale afin de décider qui allait affronter les Tigers, les joueurs de cette dernière équipe en profitèrent pour déclencher le premier conflit de travail de l’histoire de la jeune ligue de hockey. Alors que cette saison avait vu l’apparition de deux nouvelles équipes, les Maroons de Montréal et les Bruins de Boston, le calendrier de la ligue comportant désormais 6 équipes passa de 24 matchs à 30 matchs. Les joueurs des Tigers allèrent rencontrer le propriétaire Percy Thompson afin d’exiger une augmentation de 200$ afin de compenser pour les 6 matchs supplémentaires au calendrier. Il était d’ailleurs stipulé dans les contrats des joueurs que le montant de leur salaire était fixe, peu importe le nombre de matchs joués. Faisant abstraction de ce fait contractuel, les joueur menacèrent de ne pas jouer la finale de la NHL comme moyen de pression.

Le président de la NHL Frank Calder ne trouva pas la chose très rigolote et affirma que si les Tigers refusaient de jouer la finale, cette dernière serait annulée. Et devant l’intransigeance des joueurs, Calder passa à l’action en annulant la finale de la NHL en suspendant la franchise d’Hamilton et en donnant à chacun des joueurs une amande de 200$… Les Canadiens, vainqueurs de la demi-finale, devinrent les champions de la ligue et allèrent affronter les Cougars de Victoria en finale de la Coupe Stanley, finale que le CH perdit… Il s’agit d’ailleurs de la dernière finale de la Coupe Stanley où deux ligues se disputèrent le précieux trophée.

À l’été 1925, la NHL accorda une franchise à un contrebandier d’alcool de New York nommé « Big Bill » Dwyer qui allait devenir les Americans de New York. Dwyer acheta les droits des joueurs d’Hamilton pour 75000$ et consenti à leur donner une augmentation salariale. La franchise d’Hamilton fut officiellement révoquée le 22 septembre 1925… Les suspensions et les amendes aux joueurs furent également révoquées… S’en était donc fini de la NHL à Hamilton…

Lorsqu’il prit sa retraite en 1933, Billy Burch était le dernier joueur ayant porté les couleurs des Tigers d’Hamilton à évoluer dans la NHL… Lors de cette saison 1924-25, Burch se mérita d’ailleurs le Trophée Hart.

Les Americans de New York, alors rebaptisés les Americans de Brooklyn , cessèrent leurs activités à la saison 1941-42… Ils n’ont jamais remporté la Coupe Stanley, ne participant qu’à 5 reprises en 17 saisons d’existence aux séries éliminatoire de la NHL… À noter que malgré le nom Brooklyn, ils évoluaient au Madison Square Garden, donc la NHL ne sera donc techniquement pas de retour à Brooklyn en 2015…

 

(Texte paru originellement en 2009 sur La Vie Est Une Puck)