
Voici mon entrevue réalisée avec Marc Antoine Godin.
Marc Antoine Godin est un journaliste de La Presse. Il couvre principalement les Canadiens de Montréal.
Randy Cunneyworth et Randy Ladouceur développeront-ils bien les jeunes selon vous ?
« La feuille de route de Cunneyworth parle d’elle-même. Lorsqu’il était à la barre des Americans de Rochester, il a développé les Derek Roy, Thomas Vanek, Jason Pominville et Paul Gaustad, qui sont devenus des pièces maîtresses dans l’échiquier des Sabres de Buffalo. C’est un entraîneur peu flamboyant, mais qui est calme et méthodique, et qui est en mesure d’appliquer dans la Ligue américaine la philosophie d’une organisation. Maintenant qu’on a digéré le départ de Guy Boucher – qui était inévitable de toute façon – on peut dire que les Bulldogs sont entre bonnes mains.
D’ailleurs, le style de coaching de Cunneyworth va rejoindre bien davantage celui de Jacques Martin que ce que prônait Guy Boucher. Je ne dis pas que Cunneyworth est meilleur que Boucher, mais qu’il y a désormais plus de cohérence entre ce qui est prêché à Montréal et ce qui est appliqué à Hamilton.
Oh! Et en toute honnêteté, je ne peux pas me prononcer sur Randy Ladouceur… »
Si vous étiez Pierre Gauthier, céderiez-vous Lars Eller à Hamilton ?
« Eller semble sortir de sa coquille depuis quelques matchs et il faut continuer de faire preuve de patience avec lui.
Il y a deux choses qui me chicotent dans le jeu du jeune Eller. D’abord, sa vitesse d’exécution. Il prend parfois trop de temps à prendre ses décisions lorsqu’il est en possession de la rondelle. Or, ce n’est pas en le renvoyant dans la Ligue américaine qu’il va pouvoir régler ce problème. Il doit simplement jouer, et jouer encore, au niveau de la LNH. Il finira bien par s’ajuster. On voit déjà de l’amélioration depuis le début de l’année.
L’autre chose – et c’est peut-être la conséquence de l’item précédent – c’est sa propension à faire des jeux risqués en sortie de zone ou en territoire neutre. Certaines de ses passes ouvrent la porte à des revirements. Est-ce pour corriger sa vitesse d’exécution qu’il compense en précipitant ses gestes? Peut-être, je ne sais pas. Mais encore là, ce sont des ajustements qu’Eller doit apporter dans la LNH, et non à un niveau inférieur.
Si jamais Eller est un jour rétrogradé à Hamilton, c’est sûrement que Gauthier et Martin auront vu d’autres choses qu’il pourrait corriger là-bas.
Mais à mon sens, Eller doit surtout jouer le plus possible. Quant aux amateurs, avant de dire que l’échange de Jaroslav Halak est un fiasco, ils devront… 1) attendre quelques années; 2) comprendre qu’on ne peut condamner la faible production offensive d’Eller tant qu’il joue avec Tom Pyatt! »
P. K. Subban sera-t-il la recrue de l’année ?
« Je ne pense pas. Pour qu’il y arrive, il faudrait qu’il devienne vraiment le quart-arrière de l’attaque à cinq, ce qu’il n’a pas encore fait jusqu’à maintenant. Il fait du bon boulot à ce niveau-là, mais il n’est pas encore dominant.
En dehors des statistiques offensives, je crois qu’il ne faut pas ignorer la saison que connaît John Carlson, le défenseur des Capitals. Il risque d’être dans la course pour le Calder.
Jusqu’à maintenant, c’est évidemment l’ailier Jeff Skinner des Hurricanes qui est le favori. Je ne sais pas s’il saura maintenir le rythme avec une équipe qui manque autant de profondeur, mais c’est un fin marqueur et une véritable machine au plan athlétique. »
Carey Price atteindra-t-il le plateau des 40 victoires cette saison ?
« Il est bien parti! Ne serait-ce que parce qu’il joue tellement de matchs, la marque des 40 victoires est tout à fait envisageable. Pour l’instant tout va bien, mais il faut s’attendre à ce que Price traverse un passage à vide durant la saison. C’est toujours la façon de se sortir des moments difficiles qui permet de mesurer le chemin parcouru. Dans son cas, ça va être particulièrement révélateur.
Mais ce que l’on voit est rassurant. Non seulement sa technique est améliorée, mais c’est surtout au niveau de l’attitude que Price a mûri. Ça lui ouvre des portes qu’il avait gardées fermées jusqu’à maintenant. »
Avec son travail, depuis plus d’un an, derrière le banc du Canadien, pouvons-nous dire que Jacques Martin est l’entraîneur parfait pour le tricolore ?
« Disons que c’est l’entraîneur dont le Canadien avait besoin au moment où il a été embauché. Le jour viendra où il ne sera plus l’homme de la situation et qu’il devra être remplacé, comme tous les coachs.
Jacques s’est amené dans un contexte où il fallait ramener l’ordre et la discipline au sein de l’équipe. Il fallait aussi structurer davantage le jeu d’équipe. Il ne faut pas oublier qu’il est le premier entraîneur du Canadien embauché avec de l’expérience de la LNH depuis Jacques Demers!
Maintenant, est-ce que Jacques Martin est l’entraîneur parfait pour les médias… ça c’est une autre histoire! »
Selon vous, est-ce que le gardien Alex Auld pourrait causer une surprise cette année et conserver une fiche positive ?
« Faut-il que ce soit une surprise s’il termine avec une fiche positive? Les victoires et les défaites ne sont pas seulement l’affaire du gardien!
Je m’attends à ce qu’Auld soit utilisé surtout lorsqu’il y a deux matchs en 24 heures, principalement à l’étranger et contre des équipes faibles. Sachant que le CH a connu des relâchements dans les dernières années face aux équipes plus faibles que lui, ce ne sera pas des conditions de jeu faciles pour Auld.
Or, vu qu’il ne jouera pas souvent, il va avoir le couteau entre les dents à chacun de ses départs. »
Avec le bon début de saison des Canadiens, croyez-vous qu’ils seront des séries éliminatoires ?
« Avant même le début de la saison, j’avais placé le Canadien au 7e rang de l’Association Est dans mes prédictions. C’était sans compter le mauvais début de saison des Sabres et la débâcle des Devils. Je ne vais donc pas changer d’idée aujourd’hui!
Cela dit, la régularité du Tricolore m’étonne. Il n’a pas encore perdu plus de deux matchs consécutifs cette saison et à l’intérieur du vestiaire, on digère très mal les relâchements. Vous me demandiez plus tôt si Jacques Martin est le bon entraîneur pour le Canadien; le fait qu’on sente cette imputabilité chez les joueurs eux-mêmes prouve qu’il l’est.
Si l’équipe peut être épargnée par les blessures, et que le soutien qu’offrent les Hamrlik, Spacek et Gill à Carey Price ne s’essouffle pas parce qu’ils sont surutilisés, il n’y a pas de raison que le Canadien rate les séries. Je continue quand même de croire que les Bruins vont terminer au sommet de la section Nord-Est. »
Aimeriez-vous animer une émission de sports ?
« La première réponse c’est oui. Même si mon travail à la base est écrit, je me sens de plus en plus confortable à la télé. Je pense que je pourrais faire une bonne job.
Mais animer une émission de télé, c’est beaucoup de préparation. C’est presque un boulot à temps plein pour celui qui veut le faire sérieusement. En tant que journaliste de « beat » à La Presse, je n’ai pas ce temps-là à ma disposition. De toute façon, je suis très loin d’un poste comme ça, je suis un joueur autonome des médias électroniques cette année! Je vais continuer de prendre de l’expérience par des interventions à la radio et à la télé, en français comme en anglais, et l’on verra bien où ça me mène dans quelques années… »
Je remercie Marc Antoine Godin pour sa générosité et sa collaboration.
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